Introduction
Nous évoluons dans un environnement où l’accès à l’information est foisonnante, mais dont la qualité est aléatoire.
C’est pourquoi je propose dans cet article les étapes et des ressources pour effectuer une recherche documentaire de façon rigoureuse, en particulier dans le domaine de la psychologie. Cela s’adresse au grand public (patient, aidant, étudiant) ou aux professionnels.
Pour les patients, cela peut permettre de s’orienter et de s’investir psychologiquement et financièrement dans une thérapie adaptée à sa situation.
De part l’évolution de la recherche et l’accessibilité des connaissances, les cliniciens ne peuvent pas se contenter de leur formation initiale. Ils doivent être capable de rechercher dans la littérature scientifique les données fiables et les évaluer afin d’établir s’il est pertinent de les intégrer ou non à leur pratique. Cela permet aussi de se former à des approches adaptées à son activité professionnelle. C’est ce qui constitue le principe de l’Evidence-based practice (EBP).
Quelles sont les principales étapes d’une recherche documentaire ?
- Définir son sujet: son champ de recherche, ses objectifs.
- Formuler une question précise.
- Identifier les sources.
- Collecter les informations: les organiser.
- Sélectionner et évaluer le document.
- Effectuer une note synthétique.
Quels sont les principaux intérêts d’une recherche documentaire ?
- Acquérir une méthodologie.
- Être à jour des dernières recommandations scientifiques.
- Utiliser des bases de données fiables.
- Développer son esprit critique (la tâche est difficile et chronophage de par la surabondance, la désinformation, la publicité et la médiocrité de certains contenus).
Première étape
Avant toute recherche, il est nécessaire de cerner son sujet, son domaine de recherche et de définir sa problématique. Pour cela, il est primordial de savoir bien poser une question.
L’acronyme PICO (Kloda & Bartlett, 2013; Richardson et al., 1995) permet de structurer son questionnement et de le transformer en question documentaire. Une question ne va pas forcement nécessiter d’utiliser tous les items du canevas.
- P = le patient, la population ou le problème.
- I = l’intervention, à entendre au sens large (psychothérapie, test, événement extérieur).
- C = comparaison.
- O = objectifs attendus.
L’acronyme PESICO rajoute les composantes suivantes :
- Le E qui correspond à l’environnement du patient.
- Le S qui correspond aux intervenants.
Deuxième étape: les mots-clés
Une fois la question correctement posée, il va s’agir de la découper en mots. Les mots significatifs deviennent les mots-clefs/keyword.
L’orthographe doit être vérifié de façon minutieuse à l’aide d’un dictionnaire. Les mots-clés doivent être défini précisément pour éviter les contre-sens.
Voici une liste de plusieurs dictionnaire accessible en ligne:
- Larousse (dictionnaire et conjugateur)
- Le Robert
- Trésor de la Langue Française Informatisé (TLFI)
- Medical Encyclopedia : encyclopédie médicale illustrée en anglais
Rechercher le champ lexical des mots clés permet d’obtenir d’autres listes de résultats et de faire le tour de la base de données.
Il est indispensable de traduire les mots-clés en anglais 🇬🇧. La plupart des recherches dans le domaine médicale se font ou sont traduites en langue anglaise. C’est pourquoi la maîtrise de l’anglais est primordiale dans le domaine de la recherche.
Comment bien utiliser son moteur de recherche avec la syntaxe d’interrogation documentaire?
❗️Attention❗️un moteur de recherche n’est pas un être humain. Il est « bête et discipliné » et ne comprend pas les nuances et les subtilités (ou du moins pas encore).
Il existe deux règles d’or: ne pas poser une question directement dans le moteur de recherche mais utiliser les mots-clefs !
Utiliser les opérateurs booléens. Cela permet de filtrer les résultats en combinant ou en excluant des mots-clefs de la recherche. Voici les principaux :
- L’opérateur AND (ET)(+) récupère uniquement des résultats contenant les deux mots qui l’entourent. Les résultats qui contiennent seulement l’un ou l’autre terme ne sont pas indiqués. Dans Google, l’opérateur AND est automatique lorsque vous saisissez un espace.
- L’opérateur OR (OU) renvoie à des pages contenant les deux termes qui l’entourent mais aussi celles qui ne contiennent que l’un ou l’autre des termes.
- XOR est un opérateur qui renvoie comme résultat les pages contenant l’un des deux mots qui l’entourent, mais pas les deux.
- L’opérateur NOT (SAUF)(-) ne renvoie que les résultats contenant le terme qui précède l’opérateur. Les pages qui contiennent le terme placé après l’opérateur sont exclues des résultats, même si le terme recherché y figure. Le moteur de recherche Google utilise le signe moins devant un mot pour exclure des résultats les pages qui le contiennent. Attention aux mots-clefs qui contiennent un tiret. Il faut les mettre entre guillemets, autrement il sera interprété comme un NOT.
- Les parenthèses () ont la même fonction qu’en mathématiques et donnent la priorité à une opération sur une autre.
- La troncature * isole la racine du mot pour élargir la recherche. Elle permet d’obtenir dans les résultats des mots qui commencent de la même façon, afin d’obtenir des variantes.
- Les guillemets « » permettent d’obtenir les résultats avec les termes exactes que nous tapons, dans le même ordre et sous la même forme.
- Le masque: (#) ou le point d’interrogation (?) se substitue à une ou plusieurs lettres qui peuvent varier à l’intérieur d’un mot. Cela permet d’élargir les résultats de recherche. Un minimum de trois caractères doit précéder les symboles de masque. Le (#) se substitue à une seule lettre.
L’émergence de l’IA (intelligence artificielle)
Il est tout à fait possible de mener une recherche documentaire avec l’aide d’une application IA, certaines sont mêmes spécialisées dans ce domaine.
Comme pour un moteur de recherche, il y a tout un art pour poser les questions correctement.
L’IA est en plein développement et s’améliore de jours en jours. C’est une technologie qui va prendre une importance considérable. Il va falloir se former à son utilisation.
Elle peut d’ors et déjà faciliter le travail, en demandant par exemple une synthèse d’un article, ses biais, sa méthodologie.
Troisième étape: identifier les sources
Dans une démarche de recherche documentaire, les articles scientifiques ont la spécificité d’être classés par niveaux de preuves.

Quelles difficultés rencontre-t-on dans les évaluations non-médicamenteuses ?
Certains principes sont difficiles à appliquer:
- la randomisation: en médecine, il s’agit de la répartition aléatoire des sujets dans les groupes pour l’attribution d’un médicament à tester, d’un médicament de référence ou d’un placebo.
- la technique du double aveugle: Les patients et les soignants ignorent la nature du traitement. Celui-ci est strictement identique en apparence à celui reçu par les patients du groupe contrôle. Cela a pour objectif d’éviter les biais.
- les aspects statistiques: la valeur-p indique si l’étude est probante (la valeur-p est inférieure à 0,05). L’effet du traitement est alors considéré comme statistiquement significatif. Lorsque l’étude est probante, le d de Cohen informe sur l’importance de l’effet du traitement en référence à un groupe témoin spécifique.

Les synthèses cliniques ou les guides de pratique clinique ont le plus haut niveau de preuves. Il s’agit ensuite des synthèses méthodiques ou des résumés structurés et critiques. Enfin, si ceux-ci n’existent pas non plus ou n’apportent pas satisfaction, il faut aller chercher des études primaires en ayant une grille d’analyse critique que nous verrons par la suite.
Attention, en recherche clinique, une étude non-concluante ne signifie pas nécessairement l’absence d’effet du traitement, mais de preuves suffisantes à un moment donné. Cela peut-être amené à évoluer. C’est d’ailleurs ce qui différencie entre autre la science des pseudo-sciences. Une théorie scientifique est réfutable d’après les critères établies par Karl Popper.
Troisième étape: identifier les sources
Le choix de la base de données dépend de l’information recherchée. Voici une liste de bases de données (non exhaustive):
- Google Scholar® ou Trip database®: moteurs de recherche généralistes ou spécialisés qui se concentrent sur la littérature scientifique.
- Banque de données en santé publique (BDSP): en langue française
- Delfodoc : ressources hospitalières, sociales, paramédicales de l’APHP
- PsycBite: champ de la neuropsychologie en langue anglaise
- PubPsych: axée sur la recherche européenne
- Medline via PubMed: base de données médicale en langue anglaise
- ScienceDirect : base de données médicale en langue anglaise
- BASE (Biefeld Academic Search Engine) base de données médicale en langue anglaise
- DOAJ (Directory of Open Access Journal): en langue anglaise
- PLoS Medicine (Public Library of Science): base de données médicale en langue anglaise
- Minerva : résumés structurés et critiques en français
- Cochrane Database of Systematic Reviews®: revues systématiques de la littérature en langue anglaise
- Campbell Systematic Reviews®: revues systématiques de la littérature en langue anglaise
- catalogues en ligne de bibliothèques, comme par exemple la Bibliothèque Nationale de France (BNF) qui soit dit au passage offre le Pass BnF lecture / culture aux demandeurs d’emploi, demandeurs d’asile et réfugiés et allocataires sociaux sur justificatifs au moment de la commande.
Les résultats pourront être disponibles en version papier ou électronique, moyennant paiement ou en libre accès/open access.
Focus sur Pubmed
MedLine est une base de données bibliographiques produite par la National Library of Medicine qui va signaler les articles scientifiques au fur et à mesure de leur parution sous forme d’une notice bibliographique.
Il a la spécificité de disposer d’un langage de recherche dédié, appelé langage contrôlé : le MeSH pour Medical Subject Heading avec des descripteurs qui indexent les mots-clefs.
Pour trouver le bon descripteur, il faut consulter un thesaurus (répertoire qui permet de classer des documents).
HETOP traduit les concepts en anglais, et indique le descripteur MeSH à utiliser.
Si la base de donnée choisie n’utilise pas de descripteurs ou si un concept n’est pas présent dans le thesaurus, il faudra faire une recherche avec un langage naturel/libre, en utilisant plusieurs termes.
Exemple d’une recherche documentaire
Nous allons rechercher des références sur l’intérêt de l’activité sportive dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer.
Cette problématique relève du champ de la neuropsychologie.
Objectifs: est-il pertinent de recommander une activité sportive à un patient souffrant de troubles cognitifs de type Alzheimer? Si oui quelles activités?
Question: l’activité physique est-elle efficace dans la prise en charge de la maladie d’Alzheimer?
Quels sont les mots-clefs? sport / maladie Alzheimer
Dans le moteur de recherche généraliste Google, pour la recherche suivante : sport+Alzheimer+étude, il existe environ 2 980 000 résultats. Attention le moteur de recherche peut afficher en premier du contenu sponsorisé, cela veut dire que le créateur a payé pour que son contenu soit mise en avant. Apparaître en premier dans les résultats n’est donc pas un gage de qualité. La fiabilité des sources n’est aucunement garantie.


Dans un moteur de recherche spécialisé comme PubMed, il faut chercher s’il existe un descripteur pour les différents concepts.


Une fois sur la page d’accueil de PubMed, il faut se rendre dans la « recherche avancée » où nous pouvons combiner les mots-clefs.


Voici les résultats de la recherche : sports+alzheimer disease. J’ai limité la recherche aux revues systématiques des cinq dernières années.

Quatrième étape: évaluation du document
J’ai sélectionné le document suivant:

Avant de commencer la lecture du document, celui-ci doit-être évalué. La lecture critique d’un texte nécessite de prendre en compte un certain nombres de paramètres : date, auteur, site web, source, conception/design de l’étude, biais, données statistiques.
Pour s’aider dans cette tache, l’article suivant reprend les critères d’évaluation d’un document scientifique, repris ici de façon plus succincte.
L’université de Paris donne également des conseils sur son site.
Il faut également s’assurer que le document respecte la norme de Vancouver qui est un système de classement bibliographique dans le champ scientifique.
Conclusion
Cette démarche est indispensable dans ma pratique professionnelle. Elle demande du temps et de l’investissement financier. C’est aussi ce temps-là que le patient finance dans le prix des honoraires.
Si vous avez des questions ou des suggestions, n’hésitez pas à m’en faire part dans les commentaires.
