
Un rôle précieux mais éprouvant
En avril, j’ai eu le plaisir d’animer un groupe de parole autour de l’épuisement des aidant·e·s. Un moment riche en partages, en émotions et en prises de conscience.
Être aidant·e, c’est accompagner au quotidien un proche malade, en situation de handicap ou en perte d’autonomie. Ce rôle, souvent invisible, est à la fois précieux et éprouvant.
Souvent, les aidants donnent sans compter, jusqu’à se mettre de côté. Et pourtant, comment continuer à aider si l’on s’épuise soi-même ?
Épuisement des aidant·e·s : quelques chiffres clés

- 11 millions d’aidants en France, soit environ 1 Français sur 6.
- 57 % sont des femmes, souvent en plus de leur travail et de leur vie de famille.
- 90 % ne sont pas formés aux soins qu’ils prodiguent.
- Plus de 50 % souffrent de troubles du sommeil et de stress important.
- 1 aidant sur 3 se sent seul ou isolé.
- 30 % déclarent avoir dû réduire ou arrêter leur activité professionnelle.
- Environ 60 % ressentent une fatigue physique et émotionnelle régulière.
- 40 % présentent des symptômes dépressifs.
- 1 aidant sur 5 est en situation d’épuisement sévère.
Sources: Fondation April, DREES, Ministère de la Santé, Malakoff Humanis.
Ces chiffres peuvent sembler froids, mais derrière chacun d’eux, il y a une histoire. Peut-être la vôtre, celle d’un parent, d’un proche. Ils mettent en évidence la réalité : accompagner un proche peut avoir un impact majeur sur la santé et la qualité de vie.
Reconnaître les signaux d’alerte
L’épuisement ne se voit pas toujours, mais il s’exprime à travers des signaux d’alerte, que l’on peut apprendre à repérer:
- Physiques : une fatigue chronique malgré le repos, des troubles du sommeil, des douleurs, un affaiblissement du système immunitaire.
- Émotionnels : de l’anxiété, de l’irritabilité, parfois une tristesse profonde, une perte de motivation.
- Comportementaux : un isolement social, la négligence de soi, un sentiment de culpabilité ou de frustration, la perte de patience.
Ces signes ne sont pas une faiblesse : ce sont des signaux d’alerte!
Pourquoi l’épuisement s’installe ?
- Parce que la charge est lourde, physiquement comme mentalement : soins, démarches administratives, organisation du quotidien…
- Parce que l’on se sent seul·e, avec l’impression de devoir « tout porter ».
- Parce qu’on oublie de prendre du temps pour soi, comme si c’était interdit avec le sentiment de devoir être disponible en permanence
Et pourtant, s’autoriser des moments pour soi n’est pas un luxe : c’est une nécessité.
Des outils existent pour évaluer la fatigue des aidants, comme l’échelle de Zarit, qui permet d’identifier le risque d’épuisement.
Les risques majeurs de l’épuisement
L’épuisement n’est pas anodin : il peut avoir des conséquences graves, parfois irréversibles.
- Le burn-out de l’aidant·e : un effondrement physique et psychique qui rend impossible la poursuite de l’accompagnement. Pour en savoir plus, vous pouvez consulter cet article.
- Des troubles chroniques de santé.
- La dépression.
- Le risque de maltraitance : face à l’épuisement, la colère, la perte de patience ou l’irritabilité peuvent conduire à des gestes brusques, des paroles blessantes ou une négligence involontaire.
- Le couple aidant·e – aidé·e en danger : on estime que 30 % des conjoints aidant·e·s décèdent avant la personne aidée.
Ces risques montrent à quel point il est vital de prévenir l’épuisement et de chercher du soutien.
Comment retrouver un équilibre ?
Accepter de demander de l’aide
- Rejoindre des groupes de parole pour partager son expérience. Vous n’avez pas à porter ce fardeau seul·e. J’anime régulièrement des groupes dans les départements de l’Essonne et du Val-de-Marne. Vous pouvez retrouver les dates de cette année ici.
- Accepter de demander de l’aide en sollicitant son entourage, les professionnels de santé, les associations.
Prendre soin de soi
- S’accorder des pauses : une promenade, une activité qui fait du bien, même quelques minutes. Cela recharge les batteries.
- Poser des limites : apprendre à dire non, adapter son engagement à la réalité.

Utiliser les dispositifs existants
- Solutions de répit (accueil de jour, hôpital de jour, hébergement temporaire, vacances adaptées, séjour en UCC).
- Services d’aide à domicile: aide-ménagère, portage des repas, téléassistance.
- Services de soins à domicile: Idel, Ssiad, Spasad, Saad, HAD, ESA.
- Professionnels libéraux: orthophonie, psychomotricité, psychologie, ergothérapie.
- Dispositifs financiers : APA, ASPA, aides fiscales, mutuelles et caisse de retraite, ALD, aides au logement, aides aux transports, AJPA).
- Dispositifs juridiques: sauvegarde de justice, curatelle et tutelle. En Essonne, l’association AGE91 peut vous renseigner.
- Plateformes de soutien et associations locales comme France Alzheimer.
Si ces dispositifs existent, c’est qu’ils répondent à un besoin. Ce ne sont pas vos capacités qui sont remises en cause! L’idée n’est pas de vous déposséder de votre rôle, mais plutôt de savoir où vous souhaitez/pouvez mettre votre énergie.
Les démarches peuvent prendre du temps, d’où l’intérêt de se renseigner et d’anticiper pour se sécuriser quand cela est possible.
Concrètement, auprès de qui se renseigner?
- CLIC (centres locaux d’information et de coordination gérontologique)
- CCAS (Centres Communaux d’Action Sociale)
- Sa mairie
- Site gouvernemental
Gestion du stress et des émotions
- Techniques de relaxation : respiration, cohérence cardiaque.
- Pratiquer une activité sportive.
- Recourir à un soutien psychologique.

⚠️ Important : la méditation peut être une ressource précieuse pour certaines personnes, mais elle n’est pas adaptée à tout le monde ni à toutes les situations. Dans ce contexte, elle peut accentuer l’anxiété, provoquer de la panique, exacerber des troubles psychiques préexistants, voire raviver des traumatismes.
Avant de vous lancer, il est essentiel de vous informer auprès d’un·e professionnel·le de santé mentale (psychiatre, psychologue) afin de déterminer si cette pratique est adaptée à votre état émotionnel et à vos besoins.
Pour mieux comprendre ces risques, je vous recommande l’écoute de ce podcast de Meta de Choc, particulièrement adapté au grand public :
👉 La méditation- Méta de choc
Un message essentiel pour les aidant·e·s
Être aidant·e, c’est donner énormément. Mais n’oublions pas : prendre soin de soi, c’est aussi prendre soin de l’autre.
Si vous vous reconnaissez dans ces lignes, sachez que vous n’êtes pas seul·e. Osez en parler. Partagez vos difficultés. Vous pourriez être agréablement surpris·e par les réactions.
En tant que psychologue, j’accompagne les aidant·e·s pour les aider à repérer leurs limites, à retrouver un souffle et à construire un équilibre plus durable, que ce soit en individuel ou en groupe.
📩 N’hésitez pas à me contacter pour en parler. Ensemble, nous pourrons trouver des pistes pour alléger votre quotidien et vous permettre de continuer à aider… sans vous épuiser.
Et si vous connaissez un aidant, un mot, une proposition d’aide concrète, une oreille attentive peuvent faire une grande différence.

