Introduction
La communication entre un⸱e aidant⸱e et son proche atteint de troubles cognitifs peut devenir complexe, source de tensions, d’incompréhensions et de fatigue émotionnelle. Maladie neurodégénérative, vieillissement, AVC ou perte progressive du langage viennent bouleverser les échanges du quotidien et fragiliser le lien.
Lors d’un groupe de parole pour les aidant⸱es que j’ai animé, nous avons exploré ce thème central : comment continuer à communiquer lorsque les mots ne suffisent plus ? Les échanges ont mis en lumière à la fois la culpabilité, l’épuisement, mais aussi les ressources souvent méconnues des aidant⸱es.
Cet article reprend les principaux repères partagés lors de ce groupe, enrichis de réflexions cliniques et de situations concrètes, pour aider les aidant⸱es à préserver la relation, quand la communication verbale est altérée. Même lorsque les mots manquent, le lien reste possible.
Cet article propose des repères concrets et accessibles pour mieux communiquer avec son proche aidé, en s’appuyant sur des principes simples, des approches connues et une posture humaine.
Sommaire:
- Introduction
- Pourquoi la communication devient-elle difficile dans la relation d’aide ?
- Préparer le terrain : créer des conditions favorables
- Adapter sa manière de parler
- S’appuyer sur le non-verbal et les gestes
- Observer et s’ajuster aux réactions
- Éviter les pièges fréquents
- Et quand le langage n’est plus accessible ?
- Quelles approches de communication peuvent aider ?
- Mieux communiquer, ce n’est pas être parfait
- Un accompagnement adapté à votre situation
- Sources et références
Pourquoi la communication devient-elle difficile dans la relation d’aide ?
« On ne peut pas ne pas communiquer » — Paul Watzlawick
Cette phrase rappelle une réalité fondamentale : même lorsque les mots se raréfient, que le langage se désorganise ou disparaît, la communication demeure. Elle passe alors par d’autres canaux : le regard, le ton de la voix, le corps, les silences, l’environnement.
Dans la relation d’aide, cette idée est essentielle : le lien ne se rompt pas avec la perte du langage verbal, il se transforme.
Plusieurs facteurs peuvent venir perturber la communication :
- fatigue physique et psychique de l’aidant,
- troubles de la mémoire, de l’attention ou du langage chez le proche,
- émotions intenses (peur, colère, tristesse, culpabilité),
- répétitions, refus d’aide, incompréhensions.
Il ne s’agit pas d’un échec relationnel, mais d’une adaptation nécessaire à une relation qui évolue.
Préparer le terrain : créer des conditions favorables
La communication commence avant les mots.
- Réduire les distractions (télévision, radio, téléphone).
- Choisir un moment calme.
- Se placer en face de la personne, à hauteur de regard.
- S’approcher doucement et capter son attention avant de parler.
Un environnement apaisé facilite l’écoute et diminue l’agitation.

Adapter sa manière de parler
Lorsque les capacités de compréhension diminuent, la forme compte autant que le fond.
- Parler lentement, avec une voix douce et posée.
- Utiliser des phrases courtes et des mots simples.
- Donner un message à la fois.
- Éviter de proposer trop de choix.
- Répéter les informations importantes avec les mêmes mots.
Le ton de la voix, le rythme et le regard transmettent beaucoup.

S’appuyer sur le non-verbal et les gestes
Quand les mots deviennent difficiles à comprendre, les gestes peuvent prendre le relais.
- Montrer les objets en parlant (vêtements, repas, produits de toilette).
- Associer les gestes aux paroles. Mimer.
- Maintenir des routines et des repères visuels.
Le non-verbal sécurise et soutient la compréhension.
Observer et s’ajuster aux réactions
La communication est un processus vivant.
- Observer les expressions du visage, les tensions, les sourires.
- Ajuster son discours en fonction des réactions.
- Répondre à l’émotion plutôt qu’au contenu exact des mots.
Même une réaction minime (regard, respiration, mouvement) est une forme de réponse.
Éviter les pièges fréquents
Certaines attitudes, bien que compréhensibles, peuvent accentuer les tensions :
- Corriger systématiquement les erreurs de mémoire.
- Raisonner ou argumenter lors d’une crise.
- Parler de la personne comme si elle n’était pas là.
- Chercher à convaincre à tout prix.
Dans les moments de crise, on ne gagne pas avec la logique. Mieux vaut différer, apaiser, sécuriser.
Et quand le langage n’est plus accessible ?
Même sans langage verbal, la communication ne disparaît pas.
- Le regard, le toucher, la présence comptent.
- Continuer à parler, annoncer les gestes.
- Respecter le rythme et les silences.
- Créer des rituels rassurants.
La personne perçoit l’intention, la douceur et l’attention portée à la relation.

Quelles approches de communication peuvent aider ?
La Communication Non Violente (CNV)
La Communication Non Violente (CNV) peut aider à mieux exprimer ses ressentis et ses besoins sous certaines conditions. Elle est principalement adaptée aux relations dites symétriques, où chacun dispose de ressources comparables pour s’exprimer et entendre l’autre.
Mal utilisée, elle peut devenir culpabilisante ou créer un déséquilibre relationnel, notamment lorsque l’un des deux partenaires est fragilisé, dépendant ou en perte de capacités.
Dans la relation d’aide, on en retient surtout l’esprit plutôt que la forme : observer sans juger, parler depuis soi lorsque c’est possible, et écouter avec empathie, sans chercher à imposer un modèle de communication idéal.

L’approche de validation (Naomi Feil)
Particulièrement adaptée aux troubles cognitifs, l’approche de validation consiste à reconnaître et accueillir l’émotion vécue par la personne, plutôt que de la corriger ou de la confronter à la réalité factuelle.
Cette posture favorise l’apaisement, le sentiment de sécurité et le respect de la dignité du proche aidé. Elle permet souvent de désamorcer des situations de tension là où la logique ou le raisonnement échouent.
Il s’agit toutefois d’une méthode exigeante, qui demande de l’entraînement, de l’observation et un certain lâcher-prise de la part de l’aidant.
En consultation, je peux vous accompagner dans la mise en place de techniques de validation et d’autres outils concrets afin d’améliorer votre quotidien d’aidant. N’hésitez pas à me contacter pour en savoir plus.

L’approche centrée sur la personne (ACP)
Méthode de psychothérapie et de relation d’aide créée par Carl Rogers, elle repose sur l’empathie, l’authenticité et l’accueil inconditionnel. Elle offre une boussole relationnelle précieuse, sans imposer de technique.

L’approche Montessori adaptée aux adultes
Inspirée de la pédagogie Montessori, cette approche a été adaptée à l’accompagnement des personnes âgées, notamment celles présentant des troubles cognitifs.
Son principe central est simple : « Aide-moi à faire seul ».
Dans la communication, cela se traduit par :
- valoriser les capacités restantes plutôt que les pertes,
- favoriser la participation active de la personne,
- utiliser des gestes, des routines et des repères concrets,
- donner une consigne claire et unique, associée à l’action.
Cette approche permet de réduire les situations d’échec, de préserver l’estime de soi du proche aidé et de diminuer les tensions relationnelles.
Elle invite l’aidant à ralentir, à observer et à s’ajuster, plutôt qu’à faire à la place de l’autre.

L’humanitude – méthodologie de soin Gineste-Marescotti
J’ai découvert l’approche Humanitude lors de mes premiers stages en gérontologie. C’est une philosophie de soin basée qui valorise le lien humain avant tout.
L’Humanitude repose sur des principes simples et de bon sens, appliqués de manière concrète par les soignant⸱es :
- reconnaître la personne comme sujet à part entière,
- favoriser l’autonomie et le « vivre et mourir debout »,
- articuler gestes, paroles et regard pour maintenir le lien et la dignité,
- adapter les soins aux besoins et réactions uniques de chaque personne.
Elle complète des méthodes comme la validation ou Montessori, en offrant une posture globale de respect et d’humanité dans la relation aidant⸱e–aidé⸱e.
Néanmoins, cette approche dépolitise les problématiques de soins, en centrant l’attention sur les pratiques individuelles des soignant⸱es, là où une réflexion collective et citoyenne serait nécessaire.

Mieux communiquer, ce n’est pas être parfait
Il n’existe pas de communication idéale. Il existe des ajustements, des essais, des moments plus difficiles que d’autres.
Mieux communiquer avec son proche aidé, c’est avant tout :
- chercher à préserver le lien,
- s’adapter à ce qui est encore possible,
- accepter ses limites d’aidant,
- reconnaître la valeur de la présence, même silencieuse.
Si vous êtes aidant⸱e et que vous ressentez le besoin d’être soutenu, accompagné ou simplement écouté, un espace de parole peut vous aider à déposer ce que vous vivez et à retrouver des ressources.
Un accompagnement adapté à votre situation
En tant que psychologue, je propose des accompagnements individuels mais aussi des groupes de parole, afin que chacun puisse trouver un espace de soutien adapté à ses besoins.
📩 Découvrez mon offre de soins et les modalités d’accompagnement.
Si vous ressentez le besoin d’en parler, d’être soutenu ou de trouver des outils concrets pour votre quotidien d’aidant⸱e, je suis là pour vous aider.
Sources et références
Ces références ont nourri les réflexions cliniques et pratiques présentées dans cet article, en lien avec l’accompagnement des aidant⸱es et des personnes présentant des troubles cognitifs.
- Haute Autorité de Santé (HAS) – Communiquer malgré les troubles de la mémoire ou du langage (2018)
- Le développement de la personne – Carl Rogers (1968)
- Les mots sont des fenêtres (ou des murs) : introduction à la communication non violente – Marshall B. Rosenberg (2005)
- Validation, mode d’emploi: Techniques élémentaires de communication avec les personnes atteintes de démence sénile de type Alzheimer – Naomi Feil (2005)
- Alzheimer autrement – 100 activités pour plus de vie (2ème édition): La méthode Montessori au service des personnes âgées – Cameron Camp (2022)
- Humanitude : comprendre la vieillesse, prendre soin des hommes vieux – Gineste, Y., & Marescotti, R. (2007).
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