Laetitia Hanot – Psychologue à Sceaux (92)

Psychologue clinicienne et psychothérapeute – Consultations à domicile et en téléconsultation

Aidants : comment faire face aux troubles du comportement ?

Publié par Laetitia Hanot

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Les troubles du comportement chez les personnes atteintes d’Alzheimer sont l’un des défis les plus fréquents et les plus éprouvants pour les aidantes. Ils concernent de nombreuses maladies neurocognitives et peuvent bouleverser le quotidien des familles.

En tant que psychologue, j’accompagne régulièrement les familles confrontées à ces situations. Cet article reprend les principaux points que nous avons abordés lors d’un groupe de paroles que j’ai animé, afin de vous donner des repères concrets et des pistes d’accompagnement.
Comprendre les troubles du comportement

Comprendre les troubles du comportement chez les personnes atteintes d’Alzheimer


On parle de « troubles du comportement » pour désigner des attitudes, des expressions ou des réactions qui sortent des normes sociales établies et qui peuvent être perturbantes, voire dangereuses, pour la personne malade ou son entourage.

Quelques points essentiels :

  • Ils concernent 60 à 90 % des personnes malades, surtout dans les formes avancées.
  • Ils sont fluctuants, parfois épisodiques.
  • Ils représentent une rupture avec le comportement habituel.
  • Ils sont involontaires : ce n’est pas dirigé « contre » l’aidant.
  • Ils ont des causes multiples et interdépendantes: environnement, état de santé, émotions, contexte psychologique. D’où l’importance d’identifier la cause avant d’agir.
  • Ils peuvent avoir une fonction cachée : exprimer un besoin, maintenir un équilibre.

→  Essayons de changer de perspective et demandons-nous : à quel besoin pourrait répondre ce comportement?

Ce qui paraît troublant… ou pas


Lors d’un exercice collectif, nous avons exploré différents comportements à partir d’une consigne simple : repérer ce qui nous paraît normal, bizarre ou inquiétant. L’idée est qu’il n’y a pas de bonne ou mauvaise réponse, car chacun a son seuil et ses propres repères.

Cet exercice met en lumière la part de subjectivité dans ce que nous appelons un « trouble », et amène à réfléchir au poids des normes sociales, du contexte et de la tolérance individuelle.

Je vous invite à essayer vous aussi, et à me contacter si vous souhaitez partager vos réflexions ou bénéficier d’un retour personnalisé.

Tableau pour repérer et identifier les troubles du comportement chez les personnes atteintes d'Alzheimer.


Les principaux troubles du comportement

Tableau HAS des principaux troubles du comportement dans la maladie d'Alzheimer et troubles apparentés.
Source: Haute Autorité de Santé (HAS) – Recommandations de bonnes pratiques – Maladie d’Alzheimer et maladies apparentées : prise en charge des troubles du comportement perturbateurs (mai 2009)


Les causes possibles

Un changement brutal doit toujours alerter :

  • Causes médicales : fièvre, douleur, infection, hypoglycémie…
  • Médicaments : arrêt, modification ou confusion dans la prise…
  • Causes physiques : inconfort, vêtements trop serrés, prothèse dentaire…
  • Causes psychologiques : tristesse, angoisse, conflit, deuil…
  • Causes environnementales : changement de lieu, d’habitude, de professionnel…
Iceberg des troubles du comportement Alzheimer — causes visibles et causes cachées.

💡 À retenir : ce n’est ni votre faute, ni toujours sous votre contrôle. Le rôle de l’aidant est précieux, mais il ne peut pas tout.


Pour mieux comprendre et suivre l’évolution des troubles, je vous propose un tableau de recueil. Cet outil permet d’objectiver les comportements observés et ainsi de disposer d’un support concret à partager avec un professionnel. Il peut être une aide précieuse pour sortir du ressenti subjectif et favoriser une meilleure prise en soin.

Tableau de recueil des troubles du comportement pour les aidants — outil de suivi clinique.

Traitements et approches pour gérer les troubles du comportement dans la maladie d’Alzheimer

Accompagner un proche demande de l’énergie, de la patience et parfois de l’aide extérieure. Voici quelques repères. Ils ne sont pas exhaustifs.

Face aux troubles du comportement dans la maladie d’Alzheimer, les aidantes peuvent s’appuyer sur plusieurs stratégies.

1. Améliorer la communication

  • Choisir un cadre calme.
  • Capter l’attention doucement en regardant dans les yeux.
  • Parler lentement et clairement, un message à la fois. Mimer si besoin.
  • Observer les réactions non verbales.
  • Éviter les confrontations inutiles, surtout en cas de crise.

2. Utiliser la technique de la validation

La validation, développée par Naomi Feil, consiste à entrer dans la réalité de la personne plutôt que de la confronter à la nôtre.
Au lieu de corriger ou de raisonner, on reconnaît les émotions exprimées et on cherche à comprendre ce qui se joue intérieurement.

Exemple concret :
Votre proche atteint de troubles cognitifs vous dit :

« Je dois aller chercher les enfants à l’école ! » (alors que ses enfants sont adultes depuis longtemps).

  • ❌ Réaction classique mais contre-productive : « Ce n’est pas vrai, tes enfants sont grands, tu n’as plus à aller les chercher ! » → cela risque de générer de l’angoisse ou de la colère.
  • ✅ Réaction en validation : « Tu sembles inquiet pour les enfants… veux-tu me dire ce qui t’inquiète ? » → on reconnaît l’émotion, on la reformule, puis on ouvre un espace d’expression.

Cette approche permet souvent de :

  • réduire l’anxiété,
  • apaiser la relation,
  • protéger l’aidant de l’épuisement en évitant les confrontations stériles.

→  En consultation, je peux vous accompagner à mettre en place des techniques de validation et d’autres outils concrets pour améliorer votre quotidien d’aidant. N’hésitez pas à me contacter pour en savoir plus.

3. Aménager le quotidien

  • Routines simples et régulières.
  • Réduire les stimulations (bruit, lumière vive…).
  • Mettre en place des repères visuels (photos, étiquettes).
  • Encourager une activité physique douce.
  • Anticiper les moments de vulnérabilité (fatigue, fin de journée).

4. Prendre soin de soi en tant qu’aidant

Être aidant, c’est un engagement profond mais aussi une charge qui peut peser lourd.
En plus des ressources extérieures (groupes d’aidants, équipes spécialisées, aides à domicile), il est crucial de prévenir l’épuisement.

→  Je vous invite à lire mon article dédié :
L’épuisement des aidants : comment le reconnaître et y faire face ?

💬 Message important : Vous avez le droit de dire stop, de poser vos limites et de demander du soutien.

Participer à un groupe de parole permet de partager ses expériences, de se sentir moins seul et de trouver des ressources auprès d’autres aidants.
→  En savoir plus sur mes accompagnements de groupe

5. Maintenir le lien malgré les troubles

Même quand la communication est altérée, le lien affectif reste possible.
Voici quelques pistes :

  • Écouter de la musique familière.
  • Regarder un album photo ensemble.
  • Partager un geste tendre (tenir la main, marcher côte à côte).
  • Valoriser la personne, souligner les moments positifs.

Ces petites attentions permettent de préserver une relation vivante et humaine, malgré la maladie.

Couple aidant et proche atteint de troubles cognitifs — maintenir le lien malgré la maladie d'Alzheimer.
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Les traitements

1. Les approches non médicamenteuses (première intention)

Elles sont recommandées en priorité, car elles permettent souvent d’apaiser les troubles du comportement. Leur objectif n’est pas de « guérir », mais d’améliorer le confort de vie et préserver la relation aidant-aidé.

Quelques exemples dont l’efficacité est documentée :

  • Musique: écouter des musiques familières ou participer à des ateliers musicaux peut réduire l’agitation, stimuler la mémoire et améliorer l’humeur.
  • Activité physique adaptée (APA) : un programme sur mesure, encadré par un professionnel formé, aide à diminuer l’anxiété et à préserver l’autonomie.
  • Thérapie par la réminiscence : utiliser les souvenirs (albums photos, objets anciens, récits) pour maintenir le lien, stimuler la cognition et soutenir l’identité.
  • Éducation et formation des aidants : comprendre la maladie et apprendre des techniques de communication réduit le stress et améliore le quotidien.

⚠️ Mise en garde importante :
Toutes les approches dites « non médicamenteuses » ne se valent pas. Certaines méthodes, parfois séduisantes mais insuffisamment validées scientifiquement, peuvent être inefficaces voire nocives (perte de temps et d’argent, faux espoirs, culpabilité).
Avant de vous engager, vérifiez :

  • les compétences et la formation du professionnel,
  • si l’approche est reconnue par des organismes de santé (HAS, sociétés savantes),
  • si elle est adaptée à votre proche et à vos besoins.

En cas de doute, n’hésitez pas à en parler avec un professionnel de santé ou une équipe spécialisée.

Vous souhaitez vous documenter sur les troubles du comportement ? J’ai rédigé un article pour vous guider pas à pas dans une démarche documentaire efficace et adaptée.

2. Les traitements médicamenteux (seconde intention)

Ils ne sont envisagés que lorsque les approches non médicamenteuses se révèlent insuffisantes ou lorsque les symptômes sont sévères (agressivité, agitation extrême, danger).
Ils doivent être prescrits et suivis par un médecin (généraliste ou spécialiste comme un gériatre ou psychiatre).

3. Mesures exceptionnelles

  • Contention physique : uniquement sur prescription médicale, en cas de danger immédiat et après échec de toutes les autres mesures. À éviter à domicile sauf urgence absolue.
  • Hospitalisation en UCC (Unité cognitivo-comportementale) : nécessaire si le trouble met en danger la personne ou son entourage, ou pour un bilan approfondi.
  • Institutionnalisation (=entrée en établissement) : parfois la meilleure option pour assurer un environnement adapté et sécurisé, décision toujours difficile mais qui se prépare en amont avec l’entourage.

Conclusion : vous n’êtes pas seul·e face aux troubles du comportement

Les troubles du comportement sont fréquents, déroutants, parfois épuisants. Mais ils ne définissent pas la personne malade, ni votre relation. Ils expriment un besoin, une souffrance, un déséquilibre.

En tant qu’aidant·e, retenez ceci :

  • Vous ne pouvez pas tout contrôler.
  • Vous n’êtes pas seul·e à vivre cela.
  • Votre présence et votre vigilance ont déjà une immense valeur.

Les troubles du comportement sont épuisants — mais vous n’avez pas à les traverser seul·e. En tant que psychologue spécialisée dans l’accompagnement des aidants, je propose des suivis individuels et des groupes de parole adaptés à votre situation.

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Pour aller plus loin


Sources et références

Cet article s’appuie sur des données issues de la recherche scientifique et de recommandations professionnelles :

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