
Plus fort que l’oubli : une comédie dramatique sur la maladie d’Alzheimer
À l’occasion des 20 ans de l’association France Alzheimer Essonne, j’ai eu le grand plaisir d’assister à une représentation de la pièce Plus fort que l’oubli, une comédie dramatique qui aborde avec humour et sensibilité les enjeux liés à la maladie d’Alzheimer.
Ce spectacle propose une approche originale en mobilisant les codes du théâtre de boulevard pour transmettre des messages essentiels sur l’accompagnement des personnes malades et de leurs aidant·es familiaux.
Sommaire:
Une approche sensible et incarnée de la maladie d’Alzheimer
Loin des discours médicalisés ou des représentations stigmatisantes, la pièce offre une lecture profondément humaniste de la maladie.
Elle rappelle que la personne atteinte d’Alzheimer, bien qu’en perte de repères temporels, spatiaux et contextuels, demeure un sujet à part entière, capable de vivre une existence riche de sens — à condition que son environnement relationnel soit sécurisant, respectueux et ajusté.
Synopsis – Une comédie familiale entre chaos et tendresse
L’intrigue se déroule la veille du mariage d’un jeune couple, Chloé et Jérôme. Les parents de ce dernier arrivent d’Australie pour rencontrer la future belle-famille, dont la tante — délicieusement insupportable — met déjà l’ambiance.
Mais l’arrivée de la belle-mère de Chloé va tout bouleverser : elle fait du chantage à son fils pour annuler le mariage, sous peine de le priver d’un héritage confortable.
Au cœur de cette agitation, un personnage attire particulièrement l’attention : Marco, atteint de la maladie d’Alzheimer à un stade débutant. Sa femme, Odette, veille à éviter toute situation stressante, consciente que l’insécurité émotionnelle peut accélérer l’évolution de la maladie.
Ce message est au cœur de la pièce : rester calme, éviter les contraintes, sécuriser l’environnement.
Un moment particulièrement savoureux : un quiproquo entre les deux beaux-pères, lorsque l’un d’eux croit qu’Odette — l’aidante — est en réalité la personne malade. Le rire fuse, mais cette confusion met aussi en lumière la complexité du vécu des familles et les malentendus fréquents autour de la maladie.
Théâtre et Alzheimer : une expérience collective enthousiasmante
Les retours des participantes que j’accompagnais ont été unanimes :
« On a bien rigolé ! »
Ce rire partagé, loin de nier la gravité du sujet, devient un vecteur de lien, de soulagement et de transformation.
Les comédiens, d’une justesse remarquable, donnent vie à des personnages à la fois drôles, touchants et profondément humains. L’émotion circule, les représentations vacillent, et un autre regard devient possible.
Le théâtre comme outil de médiation émotionnelle et de transmission
Plus fort que l’oubli illustre avec brio la capacité du théâtre à devenir un outil de médiation émotionnelle et de sensibilisation.
En mobilisant l’humour et l’identification, il permet de faire passer des messages complexes de manière accessible, tout en suscitant une réflexion éthique sur nos postures d’accompagnement.
Il s’agit là d’une approche complémentaire aux dispositifs théoriques classiques, ouvrant un espace de dialogue entre les différents acteurs concernés par la maladie.

Une ressource précieuse pour les professionnels du soin
Ce spectacle constitue une ressource inspirante pour les professionnels de la psychologie, du soin et de l’accompagnement.
Il invite à penser autrement, à ressentir autrement, et à co-construire des pratiques plus ajustées, humaines et vivantes.
Colette Roumanoff : une démarche artistique engagée entre espoir et complexité
La co-autrice, Colette Roumanoff, est reconnue pour son engagement bienveillant et sa lecture résolument positive de la maladie.
Cette posture, saluée pour sa capacité à changer les représentations sociales et à valoriser les compétences affectives des personnes malades, peut toutefois susciter des réactions contrastées.
Certains aidant·es expriment un sentiment de décalage face à une vision très optimiste, parfois éloignée de leur réalité quotidienne.
Ces critiques ne remettent pas en cause la sincérité de la démarche, mais rappellent la nécessité de reconnaître la pluralité des vécus et des trajectoires.
Enjeux sociétaux : changer le regard sur Alzheimer et repenser les politiques publiques
Au-delà de l’émotion et du rire, Plus fort que l’oubli interroge nos représentations collectives de la maladie d’Alzheimer.
Elle invite à dépasser les clichés désespérants, à considérer la personne malade comme un sujet à part entière, et à repenser les modalités d’accompagnement.
Ce changement de regard est essentiel — non seulement dans les sphères familiales et professionnelles, mais aussi dans les choix des politiques publiques.
Les politiques de santé et d’accompagnement du vieillissement doivent intégrer cette complexité :
- reconnaître les besoins spécifiques des personnes malades,
- soutenir les aidant·es dans leur diversité,
- favoriser des approches sensibles, créatives et ajustées.
Le théâtre, en tant qu’outil de médiation culturelle, peut contribuer à cette évolution en rendant visibles des réalités souvent tues ou mal comprises.
Conclusion – Un théâtre accessible, humaniste et transformateur
Plus fort que l’oubli est une pièce de théâtre accessible à tous, qui parvient à changer le regard sur la maladie d’Alzheimer tout en faisant passer des messages puissants et profondément humains.
Grâce à une écriture fine, une mise en scène rythmée et des comédiens d’une grande justesse, le spectacle touche juste, sans pathos ni simplification.
J’ai été particulièrement touchée par l’émotion collective que la pièce a suscitée, et par la qualité de jeu des interprètes, capables de faire coexister rire, tendresse et lucidité.
Ce moment partagé avec des patient·es Alzheimer, leurs proches, des professionnels du soin et des bénévoles associatifs rappelle combien l’art vivant peut faire du lien, et devenir un levier de sensibilisation, de transmission et de transformation sociale.

🎭 À voir
Plus fort que l’oubli
Une comédie dramatique de Colette et Valérie Roumanoff
📍 Apollo Théâtre à Paris
📅 Dates : Novembre 1-2,8-9, 11, 15-16, 22-23
ℹ️ Plus d’infos : https://www.plusfortqueloubli.com/
📚 À lire – Les ouvrages de Colette Roumanoff
- L’homme qui tartinait une éponge, Editions de la Martinière (2018)
- Le bonheur plus fort que l’oubli, Éditions Michel Lafon (2015)
- Alzheimer : Accompagner ceux qu’on aime, Éditions J’ai lu (2017)
- Alzheimer, une école de bienveillance, La stratégie gagnante du bon sens est épuisé, une nouvelle édition est prévue en septembre 2026 chez Pocket.
Ces ouvrages prolongent la réflexion sur la maladie d’Alzheimer, l’accompagnement bienveillant et la relation entre humour, amour et résilience.

🌐 Pour découvrir la démarche de Colette Roumanoff en ligne
Le blog Bien vivre avec Alzheimer propose de nombreuses ressources et témoignages autour de la maladie : récits d’expériences, réflexions, ateliers et annonces de conférences.
On y trouve également une riche sélection de vidéos pédagogiques qui illustrent avec simplicité les situations du quotidien vécues par les personnes atteintes et leurs proches.
Une collection de 22 clips thématiques courts (1 à 2 minutes) est disponible sur le blog et sur la chaîne YouTube de Colette Roumanoff, offrant un regard concret, vivant et plein d’humanité sur les défis et les joies de l’accompagnement.
Pour aller plus loin
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