
Manger fait partie des grands plaisirs de la vie. Il est important que cela puisse le rester quel que soit l’âge ou l’état de santé — et notamment pour les personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer, pour qui l’alimentation peut devenir une source de difficultés supplémentaires.
L’alimentation est un besoin vital mais va bien au-delà du simple fait de se nourrir. Elle touche à notre identité, notre culture, voire notre spiritualité. Pour les aidants qui accompagnent un proche atteint d’Alzheimer au quotidien, c’est souvent l’une des premières questions pratiques qui se posent.
L’objectif de cet article est de donner aux aidants de personnes atteintes d’Alzheimer ou de troubles apparentés des conseils pratiques et cliniques pour les accompagner au mieux dans leur quotidien alimentaire.
Avertissement : cet article ne se substitue en aucun cas à une consultation médicale. Les conseils présentés sont issus d’informations scientifiques et de recommandations validées.
Sommaire:
Les bases de l’alimentation pour les personnes atteintes d’Alzheimer
Quelques repères essentiels avant d’aborder les difficultés spécifiques liées à la maladie.
La fréquence des repas
Idée reçue : une personne âgée n’a plus besoin de manger autant qu’avant.
❌ C’est faux !
Après 60 ans, les besoins en protéines augmentent à cause des modifications métaboliques liées au vieillissement. Pour une même activité, la dépense énergétique augmente. L’appétit diminue spontanément, la perception des goûts baisse — en particulier le salé — et le transit ralentit.
Le rythme idéal est de 3 repas et 1 collation par jour, en ne dépassant pas 12h entre le dîner et le petit-déjeuner. Le dîner ne doit pas être sous-estimé — la satiété favorise l’endormissement. Il est préconisé d’espacer de 3h deux repas ou collations. Le grignotage est à éviter.
Sanctuariser le repas
Le repas est bien plus qu’un moment nutritif — c’est un temps social, identitaire, parfois spirituel. Si possible, impliquer la personne atteinte d’Alzheimer dans le choix des menus et la préparation des repas. Cuisiner ensemble stimule les sens, ouvre l’appétit et maintient le lien.
Pour les personnes isolées, le portage des repas peut être une solution — renseignez-vous auprès de votre mairie, du CCAS ou du CLIC de votre territoire.
Alzheimer et alimentation : comprendre les difficultés
La maladie d’Alzheimer a des répercussions sur l’alimentation tout au long de l’évolution des troubles. Les difficultés varient d’une personne à l’autre. Environ 20 à 30 % des patients ont une perte de poids significative durant la maladie.
Les symptômes en lien avec l’alimentation
Avec l’avancée de la maladie, le système nerveux végétatif peut se mettre à dysfonctionner — entraînant une perte d’appétit ou à l’inverse une insatiabilité, une prise ou une perte de poids importante.
Les troubles du geste (apraxie) et de la reconnaissance (agnosie) rendent difficiles les gestes du quotidien — utilisation des couverts, reconnaissance des aliments. Certaines personnes peuvent ingérer des produits non comestibles car elles ne les reconnaissent plus.
Les oublis sont très fréquents dès les premiers stades — la personne ne se rappelle pas ce qu’elle a mangé, peut penser qu’elle n’a pas encore mangé ou au contraire qu’elle a déjà mangé.
Les troubles de l’attention réduisent la capacité à se concentrer sur le repas (environ 10 minutes), ce qui peut amener la personne à se lever régulièrement.
Les troubles du comportement (opposition, agressivité) peuvent également avoir des répercussions sur les temps de repas.
Perte d’appétit et perte de goût
La perception des saveurs diminue avec l’âge et s’accentue avec la maladie — en particulier le salé, d’où une appétence pour le sucré. Pour relever les saveurs, n’hésitez pas à utiliser des herbes fraîches, des épices douces, des condiments — tout en adaptant à l’état bucco-dentaire et aux préférences de la personne.
Si la personne est vite rassasiée, fractionnez les repas dans la journée et enrichissez les plats (fromage râpé, crème fraîche, lait concentré). Si elle n’aime plus la viande, diversifiez les apports en protéines : poisson, œuf, produits laitiers.
Les difficultés à avaler
Si la personne tousse pendant les repas, elle souffre peut-être de troubles de la déglutition — un phénomène complexe qui augmente avec l’avancée dans l’âge et entraîne un risque de fausse route. Parlez-en au médecin pour un diagnostic et une orientation vers un kinésithérapeute ou un orthophoniste.
En pratique :
- Bien positionner la personne à table — haut du corps droit, tête légèrement penchée vers l’avant
- Manger par petites bouchées, boire par petites gorgées
- Privilégier des aliments tendres
- Éviter les aliments secs, durs, qui s’éparpillent ou à double texture
- Attendre 30 min à 1h avant de s’allonger
Suivant l’évolution, le médecin pourra recommander de modifier la texture en moulinée ou mixée, d’épaissir les liquides ou de proposer de l’eau gélifiée.
Recommandations générales
Le repas est un moment sensible pour les personnes atteintes de troubles cognitifs. Ces recommandations visent à préserver le plaisir de manger tout en limitant les sources de confusion :
- Éviter les distractions : sources sonores
- Éviter la double tâche (mettre en situation de faire deux choses à la fois)
- Éviter de dresser une table trop chargée (surstimulation sensorielle)
- Limiter les ustensiles (carafe, salière, poivrière) qui peuvent détourner l’attention ou induire des gestes inappropriés
- Privilégier les nappes et vaisselles unies
- Privilégier les contrastes de couleurs dans l’assiette
- Privilégier si possible le « finger food ». L’essentiel est que la personne mange à sa faim et avec plaisir
- Éviter les commentaires sur le comportement alimentaire. Ce n’est jamais agréable d’avoir quelqu’un derrière son épaule qui commente les faits et gestes. Cela peut-être vécu comme infantilisant et raviver des troubles du comportements alimentaires antérieurs.
- L’associer à la préparation du repas si possible
- Ne pas changer les heures des repas
- Ne présenter qu’un seul plat à la fois, et rappeler calmement les étapes à suivre.
- Si besoin, faire les gestes pour favoriser le mimétisme et valoriser l’autonomie de la personne malade
- Privilégier les aliments préférés — même si cela implique moins de variété.
- Adapter la texture des aliments
- Maintenir les repas en famille et entre amis

Le régime méditerranéen est-il bénéfique contre Alzheimer ?
Le régime dit méditerranéen ou crétois, très en vogue ces dernières années, aurait un rôle préventif selon plusieurs études1. Pour les personnes déjà atteintes de la maladie d’Alzheimer, suivre ce régime pourrait également être bénéfique. Il permettrait le ralentissement du déclin cognitif et l’amélioration de la qualité de vie de par son action antioxydante et anti-inflammatoire.
Ce régime se compose de fruits, légumes, légumineuses, céréales complètes, poissons, huile d’olive, quelques produits laitiers et un verre de vin rouge durant le repas. Peu de viande rouge et de produits transformés.

Les troubles du comportement alimentaire chez les personnes atteintes d’Alzheimer
Les troubles des conduites alimentaires (TCA) sont souvent sous-diagnostiqués chez les personnes âgées atteintes d’Alzheimer.
Ils se caractérisent par des perturbations persistantes de l’alimentation entraînant un mode de consommation pathologique délétère pour la santé physique ou le fonctionnement social (DSM-5).
Pourquoi apparaissent-ils ?
L’origine est complexe et multifactorielle — facteurs biologiques, psychologiques, sociaux et environnementaux. Chez les personnes atteintes d’Alzheimer, plusieurs éléments peuvent déclencher ou aggraver ces troubles :
- La solitude et les deuils successifs
- Les problèmes de santé mentale associés
- Les changements dans les habitudes alimentaires liés à la maladie
- Un événement particulier — deuil, entrée en institution
Point important pour les aidant⸱es Une personne âgée en rémission de TCA pendant une partie de son existence peut rechuter à l’occasion d’un événement particulier. Soyez attentif·ve aux changements de comportement alimentaire et n’hésitez pas à en parler au médecin traitant.
L’addiction à l’alcool chez les personnes atteintes d’Alzheimer
L’addiction à l’alcool est une réalité chez certaines personnes âgées atteintes d’Alzheimer — et ses effets sont particulièrement délétères2.
Les principaux risques sont :
- Les troubles cognitifs — majoration des symptômes Alzheimer, syndrome de Korsakoff
- Les conséquences sur la santé mentale — dépression, anxiété, isolement
- Les risques cardio-vasculaires et hépatiques
- Les risques de chutes et blessures
Pour les aidant⸱es: Aborder la consommation d’alcool avec son proche n’est pas évident et demande du tact. Essayez de repérer les situations à risques et proposez des boissons alternatives.
Face au découragement et à l’impuissance, faites-vous aider par des professionnels — il n’est jamais trop tard pour réduire sa consommation, mais un sevrage doit toujours être supervisé médicalement.
A qui s’adresser?
- Le médecin traitant,
- Un médecin addictologue,
- Un.e psychologue formé.e dans l’accompagnement des addictions,
- un CSAPA (=Centre de Soins, d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie),
- Alcool Info Service
- les Alcooliques Anonymes (=AA)
Le cas de l’aidant : prendre soin de vous aussi
S’occuper d’une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer est éprouvant physiquement et mentalement. Les questions d’alimentation — les refus, les oublis, les troubles du comportement à table — peuvent être une source d’épuisement supplémentaire pour les aidants.
Surveillez votre propre alimentation et votre poids. L’épuisement des aidants passe souvent par là — on oublie de manger, on grignote, on ne prend plus le temps de cuisiner pour soi.
Si vous êtes épuisé·e ou ne pouvez pas être présent·e quotidiennement, vous pouvez passee le relais à des organismes compétents pour le portage des repas.
Prenez contact auprès de France Alzheimer de votre département qui propose des actions gratuites à destination des aidants — formation, groupe de parole, entretien psychologique, écoute téléphonique.
Rappel : prendre soin de vous, c’est aussi prendre soin de votre proche.
→ Découvrez mon accompagnement des aidants — individuel et en groupe, à domicile et en téléconsultation.
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Les 4 points essentiels à surveiller

La surveillance du poids
Accompagner une personne atteinte d’Alzheimer demande une vigilance particulière sur le poids — à peser une fois par mois, ou toutes les semaines en cas de maladie, fortes chaleurs ou choc affectif.
Idée reçue : une personne en surpoids ne peut pas souffrir de dénutrition.
❌ C’est faux !
Alertez le médecin si la personne perd 5% de son poids en 1 mois ou 10% en 6 mois.
Le surpoids et la dénutrition peuvent coexister. Chez une personne âgée de plus de 70 ans, l’objectif n’est pas forcément de perdre du poids mais de stabiliser et de maintenir la masse musculaire via une activité physique adaptée.
Le risque de dénutrition
La dénutrition survient quand le corps n’absorbe plus correctement les nutriments — entraînant fatigue, perte musculaire, vulnérabilité aux infections et risque de chute.
Principaux facteurs de risque à surveiller : isolement, problèmes bucco-dentaires, troubles de la déglutition, régimes restrictifs, prise de plus de 3 médicaments par jour.
Un IMC inférieur à 21 doit alerter. Soyez attentif·ve à l’appétit et à l’apparence — des vêtements qui flottent sont souvent le premier signe visible.
Pour aller plus loin, France Alzheimer a réalisé ce document sur l’alimentation et la dénutrition — une ressource utile à télécharger et à partager avec votre entourage ↓
L’hydratation
Avec l’âge et la maladie, la sensation de soif disparaît. La déshydratation peut aggraver la confusion et les troubles cognitifs.
Quelques conseils pratiques:
- Varier les liquides : eau, potages, tisanes, jus de fruit, lait
- Mettre le verre en évidence, privilégier des contenants faciles à manipuler
- Privilégier les aliments riches en eau : yaourt, melon, tomate, pastèque
- Éviter les boissons diurétiques le soir — café, thé, alcool
Signes d’alerte : bouche sèche, urines foncées, fatigue anormale, confusion soudaine — consultez le médecin traitant.
L’activité physique
Elle stimule l’appétit, maintient la masse musculaire et préserve l’autonomie. Des objectifs réalistes et progressifs sont essentiels pour ne pas décourager.
Le dispositif APA (Activité Physique Adaptée) permet de bénéficier d’un accompagnement adapté — renseignez-vous auprès de votre médecin traitant.
Prévention : méfiez-vous des fausses solutions
Les personnes atteintes d’Alzheimer et leurs aidant⸱es sont un public vulnérable. Face à la désertification médicale, au sentiment d’impuissance devant une maladie grave et incurable, il est légitime de chercher des solutions partout où l’on peut.
Malheureusement, certains « praticiens » alternatifs profitent de cette vulnérabilité. Des conseils alimentaires non validés scientifiquement — voire dangereux — circulent largement sur internet et les réseaux sociaux, ciblant parfois directement les familles de personnes atteintes d’Alzheimer. La vigilance s’impose.
Comment se protéger ?
- Assurez-vous de la fiabilité des sources — consultez mon guide pour effectuer une recherche documentaire
- Méfiez-vous des promesses irréalistes — guérison miraculeuse, méthode révolutionnaire, perte de poids rapide
- Ne vous isolez pas — parlez-en à vos proches et à de véritables professionnels de santé
- Adressez-vous à des professionnels qualifiés et compétents — votre médecin traitant, un médecin nutritionniste ou un·e diététicien·ne diplômé·e (professionnel paramédical réglementé)
- En cas de doute, rapprochez-vous du site de la Mivilude
Vous accompagnez un proche atteint d’Alzheimer ?
L’alimentation n’est qu’une des nombreuses dimensions de l’accompagnement — et elle peut rapidement devenir une source d’épuisement supplémentaire pour les aidants.
En tant que psychologue clinicienne spécialisée en gériatrie, j’accompagne les aidants et les personnes atteintes de troubles cognitifs à domicile à Sceaux et dans le sud des Hauts-de-Seine.
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Pour aller plus loin
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Sources et références
Cet article s’appuie sur des données issues de la recherche scientifique et de recommandations professionnelles :
- La santé en mangeant et en bougeant – Le guide nutrition pour les aidants des personnes âgées.
- Synthèse de la Haute Autorité de Santé sur la dénutrition des personnes âgées.
- Avis de l’Anses relatif à l’actualisation des repères alimentaires du PNNS – pour les femmes dès la ménopause et les hommes de plus de 65 ans
- La méthode Culinothérapie, un partenariat Marmiton et France Alzheimer
- Andreu-Reinón ME et al. Mediterranean Diet and Risk of Dementia and Alzheimer’s Disease in the EPIC-Spain Dementia Cohort Study. Nutrients 2021; 13:700. 22 février 2021 et étude de cohorte prospective de la UK Biobank, BMC Medicine, 14 mars 2023. ↩︎
- L’alcool, même à faible dose, pourrait être plus délétère chez les personnes âgées en mauvaise santé et défavorisées, Science&Vie ↩︎



